Exposition

Édifice désert

Emma Charrin

© Emma charrin, photographie, 2020

Exposition janvier - Mars 2021

Restitution de la résidence réalisée à La Plate-Forme en juin 2020

Exposition visible du mardi au vendredi de 13h30 à 17h00
En présence de l'artiste
le samedi 6 février 2021

(Sur rendez-vous : plate.forme.ass@numericable.fr / accueil par jauge de 6 personnes)

En partenariat avec le Château Coquelle, Centre culturel, Dunkerque.

Évènement soutenu par la DRAC, Hauts-de-France.

https://emmacharrin.fr/

"Fortes rafales, vents glacials et violents, pluie, marées, odeur de soufre, ciment, palette graphique industrielle, sol rouge, cargos, acier, minerais.

Dunkerque terre de métamorphoses.

Chaque jour le même espace mais à chaque instant différent. L’empreinte colossale des industries sur le territoire et le déplacement incessant des matières en transit vers leur future transformation, sculptent de nouveaux paysages, le tout exacerbé par un climat capricieux.

Le vent déplace les énormes piles de minerais sur le port.

Le sable envahit la digue de béton de 7km, laissant apparaître de nouveaux oyats.

Terre de pêche et odeur de soufre se côtoient sur le littoral dunaire.

Les pêcheurs silencieux vêtus de leur ciré résistent à la tempête, entre les embruns et le sable.

Le mouvement infini de cette fine couche de polyester cristallin, virevoltant frénétiquement, hypnotise.

La pleine lune sort de l’horizon. Les lumières des usines s’allument, clignotant alors tels des astres dans la masse noire du port. Sur la digue du braek, les armatures des usines prennent l’apparence d’étoiles formant une constellation dans le ciel.

Les torches gigantesques brûlent et crépitent comme un volcan en éruption.

Le son des usines gronde jusqu’au front de mer de Malo-les-bains.

Le plancton trace un rayon laser dans l’obscurité. Les vagues déchaînées engloutissent l’estran.

La fumée des cheminées relâche des nuages denses et le sol passe du rouge sang au gris anthracite sans prévenir.  Ici qui résiste à qui ?

Entre chien et loup, tout peut alors advenir et tout peut aussi disparaître.

Les matières premières sont extraites ailleurs, sont transformées ici et s’exportent là-bas.

On a perdu le centre, les reflets brouillent peut-être notre perception. Les différentes épaisseurs sédimentaires, les traces minérales marquent les traces d’un présent qui s’efface en filigrane.

Plus aucune certitude. Tout semble instable, et ce malgré les monumentales grues ancrées dans le sol. Nos repères dansent avec le vent comme toutes ces matières arrivant ici et provenant des quatre coins de la terre.

L’errance est ici un rare privilège. Un des seuls endroits où les limites portuaires permettent de s’y perdre semble être un terre-plein empli d’amoncellements gris. Ces montagnes scintillent dans leurs creux et leurs contrastes. Ces piles de goudron imitent la pierre ponce et les engins mécaniques modèlent en permanence ces pyramides grises.

Sur les quais du port, on dépose et stocke la Grèce évidée.

La décadence des utopies modernes est le point de départ. En mêlant une exploration urbaine et périurbaine, je rêve la réalité par une exploration du médium photo et vidéo où l’image flirte avec les limites du bruit numérique dans la nuit à la douceur du grain argentique. Derrière la caméra, j’avance dans cet espace tentaculaire et je me perds. A partir de la réalité, je ne peux que fabriquer un récit qui amène ailleurs. Je m’échappe dans la fiction : le paysage devient cinématographique et me paraît irréel. Les tuyaux en acier argent m’éblouissent à la lumière du soleil. Le soleil éclaire ce décor en acier. Le chaos est pourtant bien rangé."

Emma Charrin